Les négociations entre les États-Unis et l’Iran restent dans l’impasse : Trump affirme que l’Iran a fait des concessions sur la question des inspections nucléaires, tandis que l’Iran déclare que 12 milliards de dollars de fonds seront débloqués.
Alors que les négociations entre les États-Unis et l’Iran enregistrent des avancées progressives, des divergences notables apparaissent dans la présentation des termes de l’accord, notamment sur l’utilisation des fonds et les droits de vérification, exacerbant l’incertitude du marché quant à l’évolution des pourparlers.
Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a annoncé lundi que 12 milliards de dollars d’actifs gelés vont entrer dans la phase de déblocage et seront versés en deux tranches de 6 milliards de dollars chacune.
Parallèlement, selon l’Agence de presse Xinhua, le président américain Trump a déclaré sur les réseaux sociaux le 23 que, sur la base des concessions iraniennes, il a accepté de maintenir le détroit d’Hormuz ouvert, levant le blocus maritime.
Trump a également affirmé que l’Iran a accepté les « niveaux de vérification les plus élevés », insistant sur le fait que sans cet engagement, les négociations ne progresseraient pas. Toutefois, la version iranienne sur l’organisation des inspections est radicalement différente, rendant plus visibles les contradictions entre les déclarations publiques des deux parties.
Ces divergences poussent le marché à être prudent quant au contenu substantiel de l’accord. Mardi, le Brent a légèrement baissé de 0,8 %, passant sous les 77 dollars le baril. Le prix du pétrole, qui avait atteint près de 125 dollars fin avril, a beaucoup reculé, mais reste supérieur au niveau d’avant-guerre, reflétant que la reprise normale du flux de pétrole et de gaz à travers le détroit d’Hormuz pourrait encore prendre plusieurs mois.
Déblocage des fonds : divergences persistantes
Selon l’agence semi-officielle iranienne Mehr, citant Gharibabadi, les 12 milliards de dollars d’actifs gelés seront dégelés immédiatement. D’après des sources proches du dossier, les deux versements de 6 milliards avaient été convenus lors des négociations à Doha, et une cérémonie de signature officielle était initialement prévue en Suisse.
Pourtant, JD Vance, vice-président américain, a clairement indiqué lundi que les actifs n’ont pas encore été officiellement débloqués ; si le déblocage a lieu, l’utilisation des fonds sera strictement limitée à l’achat de produits agricoles américains, dont soja, blé et maïs. Trump a également souligné dans sa déclaration que les fonds seront déposés sur des comptes sous contrôle américain et dédiés à l’achat de nourriture et de matériel médical.
L’Iran a rejeté ces assertions. Ali Bahreini, ambassadeur iranien auprès des Nations Unies, a déclaré lors d’une conférence de presse à l’ONU : « L’Iran est le seul pays habilité à décider de l’utilisation de ses actifs. »
Selon le cadre rapporté jusqu’à présent, si un accord global est finalement conclu, la levée des sanctions et le déblocage des actifs pourraient atteindre un total de 50 milliards de dollars.
Différences sur les inspections : point focal des tensions
Dans sa déclaration, Trump a affirmé que l’Iran avait accepté les « vérifications les plus poussées », qualifiant cela de garantie de « sincérité nucléaire », et précisant qu’il s’agissait d’un préalable incontournable à la poursuite des négociations. Vance avait précédemment indiqué que Téhéran avait accepté l’accès de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à ses installations nucléaires.
Mais les déclarations publiques des dirigeants iraniens diffèrent sensiblement, soulignant en réalité un « pas si rapide ». C’est l’une des nombreuses contradictions importantes apparues dans les déclarations après la fin des discussions en Suisse.
À noter également, l’ambassadeur iranien auprès de l’ONU, Ali Bahreini, a fait savoir que le transfert d’uranium enrichi vers un lieu sous gestion russe « était à l’étude ». Les analystes pensent que si cette solution était retenue, elle pourrait aider à combler les divergences sur la question des inspections.
Lancement du groupe technique, cadre de négociation en formation
Selon Xinhua, lors des discussions techniques tenues en Suisse, toutes les parties ont accepté la création de quatre groupes de travail, chargés respectivement de la levée des sanctions, du dossier nucléaire, de la reconstruction et du développement économique, ainsi que de la supervision et de l’application. Par ailleurs, il a été décidé de mettre en place des « points de contact » dédiés à la sécurité des navires commerciaux au passage du détroit d’Hormuz, et d’établir un mécanisme de prévention des conflits concernant la situation au Liban.
Gharibabadi a déclaré que la prochaine phase des négociations sera menée sous l’égide d’un comité de haut niveau, avec la participation du président du parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, du ministre des Affaires étrangères iranien Araghchi, du vice-président américain Vance, du Premier ministre pakistanais Shehbaz et du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères qatari Mohammed.
Le département du Trésor américain a annoncé une levée temporaire des sanctions, autorisant la vente de pétrole et de produits pétrochimiques iraniens jusqu’au 1er août. Le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz est en hausse, indiquant une restauration de la confiance des armateurs et exploitants sur cette route.
La situation régionale reste instable
Malgré des avancées dans les négociations, les tensions régionales demeurent intactes. Les affrontements entre Israël et le Hezbollah libanais, soutenu par l’Iran, se poursuivent ; des échanges sporadiques de tirs ont lieu dans le sud du Liban, le Hezbollah accusant l’armée israélienne de violer l’accord de cessez-le-feu.
Danny Danon, ambassadeur israélien auprès de l’ONU, a déclaré dans une interview à Bloomberg TV que l’armée libanaise n’était pas en mesure de faire face seul au Hezbollah, mais qu’Israël « n’a pas l’intention de rester au Liban ».
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio visitera cette semaine les Émirats arabes unis, le Koweït et Bahreïn afin de rassurer les alliés régionaux que l’accord transitoire signé la semaine passée avec l’Iran bénéficiera à la sécurité et à l’économie régionales. La question du détroit d’Hormuz sera l’un des thèmes majeurs de ce déplacement.
Après avoir quitté la Suisse, Ghalibaf a commenté que le détroit d’Hormuz « ne reviendra jamais à son état d’avant-guerre » et que l’Iran le gérera selon le droit international. Vance a pour sa part affirmé que les négociateurs ont « mis en place des mécanismes » pour garantir que le détroit reste ouvert.
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