Faire diversion pour agir en secret ! La Fed prépare-t-elle la voie à une baisse des taux en septembre ?
L’attitude faucon du président de la Réserve fédérale, Kevin Walsh, pourrait n’être qu’un écran de fumée soigneusement orchestré.
Peter Tchir, analyste chez Academy Securities, avance dans son dernier rapport que, bien que le marché ait actuellement évalué la probabilité d’une hausse des taux en septembre à 75% et prévoit une hausse cumulée de 1,25 fois avant la fin de l’année, il pense que le marché rate un véritable chemin menant à une baisse des taux en septembre — et ce chemin serait discrètement pavé par Walsh lui-même.
Tchir indique que les signaux envoyés par Walsh sont suffisamment clairs : une posture faucon pour contenir les risques de queue sur les taux à long terme (le rendement des obligations américaines à 10 ans est passé cette semaine de 4,46% à 4,37%), tout en ménageant un espace pour que la narration des données évolue. De son point de vue, toute cette série d’actions pourrait aboutir à une baisse des taux en septembre, suivie d’une nouvelle baisse en octobre, juste avant les élections de mi-mandat.
Cette opinion reste pour l’instant personnelle, et Tchir reconnaît lui-même une certaine incertitude. Toutefois, son raisonnement est cohérent, s’appuyant sur une redéfinition des données d’inflation, sur la bataille autour du taux neutre, et sur le fait que les objectifs politiques de la Maison Blanche n’ont jamais changé, ce qui constitue la prémisse centrale.
La posture faucon, simple performance ? La logique politique penche pour une baisse des taux
Le point de départ de l’argumentation de Tchir consiste en une interprétation politico-économique des motivations de Walsh.
Il estime que les objectifs politiques de l’administration Trump n’ont jamais fondamentalement changé. Le président lui-même affirme être bien versé dans l’immobilier et comprend l’importance des taux bas pour le marché immobilier. Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer que Trump serait satisfait d’un président de la Fed qu’il a lui-même nommé, maintenant une posture faucon — à moins que cela ne fasse partie d’une stratégie concertée.
Tchir décrit une situation hypothétique : Walsh persuade Trump que envoyer un signal dovish à présent serait désastreux. Son approche faucon permet de contenir les rendements à long terme, de préserver l’apparence d’indépendance à la Fed, tout en poussant les analystes de Wall Street et les médias vers un consensus de hausses de taux. Ensuite, avec la coopération graduelle des données, la Fed pourra opérer un virage vers une baisse de taux sous couvert d’être « guidée par les données », et imputer les problèmes d’inflation à l’ancienne Fed : « mauvais usage des données, réaction trop tardive ».
Il ajoute que le beau-père de Walsh est un important donateur de Trump, un détail qui pourrait avoir son importance.
S’attaquer aux données d’inflation : le PCE n’est pas la référence de cette Fed
L’argument le plus concret de Tchir concerne une remise en question systémique du mode actuel de mesure de l’inflation.
Il déclare explicitement que le PCE n’est pas l’indicateur d’inflation privilégié par la Fed dirigée par Walsh. Selon lui, le PCE était la préférence de l’ère Bernanke, et Walsh ne passerait pas ses nuits à surveiller le PCE.
Concernant la mesure de l’inflation dans le logement, sa critique est particulièrement incisive. L’indice « Owner’s Equivalent Rent » (OER) du CPI n’a atteint son sommet qu’en milieu d’année 2023, autour de 8%, alors que la donnée Zillow sur les loyers avait déjà touché un pic de près de 16% début 2022. Il souligne que la Federal Reserve de Cleveland a développé l’« indice des nouveaux locataires répétés » (NTRR), dont la tendance correspond fortement à celle de Zillow, mais cet indicateur, bien plus proche de la réalité, n’a presque suscité aucune attention.
Sa conclusion : la Fed pourrait tout à fait, sans incorporer de données externes, se tourner vers ses propres indicateurs développés par la Federal Reserve de Cleveland, fournissant ainsi une base légitime sur le plan des données pour justifier une baisse des taux.
Truflation et « Un peu plus de 2, ça suffit »
Outre le PCE, Tchir cite les données d’inflation en temps réel de Truflation. Selon lui, Truflation construit un indice quotidien d’inflation basé sur un vaste ensemble de données en temps réel, et actuellement, le taux d’inflation de base est d’environ 1,45%, inférieur à 1,8% depuis février dernier.

Il note également que Walsh a récemment indiqué que le « chiffre arrondi » de l’inflation (la partie entière) est plus important que la valeur précise. Tchir en déduit que le marché est progressivement « conditionné » — acceptant qu’une inflation « dans les 2 et quelques » soit assimilée à la cible des 2%. Sur ses graphiques, la ligne d’objectif pour l’inflation est placée à 2,9% au lieu des 2% traditionnels.
Selon lui, une fois que la narration des données aura changé, les obstacles techniques à la baisse des taux seront considérablement levés.
Tchir mentionne également les travaux de Miran, ancien de la Fed, sur le taux neutre. Il estime que, bien que le marché ne débatte pas actuellement du taux neutre, ce sujet refera surface au moment opportun.
Son raisonnement : le taux neutre est difficile à mesurer précisément, la fourchette d’estimation est large. Si la nouvelle équipe de la Fed parvient à prouver que l’ancienne équipe avait surestimé le taux neutre, cela suffirait à justifier une baisse de 50 à 100 points de base, tout en rejetant la responsabilité sur « l’erreur de l’ancienne Fed ».
La hausse des prix Apple et l’inflation via l’IA : une hausse des taux qui manque sa cible
Face aux craintes du marché concernant l’inflation poussée par l’IA, Tchir propose une lecture inverse.
Il relève que, suite à l’annonce d’une hausse des prix par Apple (AAPL), le titre a baissé, preuve selon lui que la capacité des consommateurs à absorber une augmentation de prix est remise en cause. Si même une entreprise de premier plan comme Apple n’arrive pas à faire accepter ses hausses de prix par le marché, les entreprises ordinaires auront encore plus de difficulté — ce qui contredit la narration d’une inflation persistante.
Il cite également le retour d’un fabricant de puces : les prix de la mémoire n’ont pas significativement augmenté sous la pression de la demande IA, certains produits coûtant même moins cher qu’il y a cinq ans. Il estime que l’investissement dans l’IA et les data centers est inflationniste, mais que cela n’a rien à voir avec la problématique d’accessibilité rencontrée par le consommateur moyen.
Plus important encore, il considère que les hausses de taux n’ont pratiquement aucun impact sur les dépenses des infrastructures IA/data centers — les sociétés tech valorisées à 100 fois les bénéfices ne sont pas sensibles à un changement de taux de 50 points de base. Ceux qui souffrent réellement des hausses de taux sont les emprunteurs ordinaires, totalement déconnectés de l’inflation IA.
Sur la base de ces constats, il pense que le marché va commencer à reconsidérer les attentes de baisse des taux, l’opportunité la plus certaine étant sur la partie courte de la courbe des taux — acheter des obligations d’État à court terme et miser sur la baisse des rendements sur le front court. Pour la partie longue, il reste neutre à légèrement haussier, considérant que le secrétaire au Trésor, Bessent, souhaite que le rendement à 10 ans retombe à un chiffre commençant par « 3 » et que Walsh, via sa posture faucon, a éliminé les risques de queue sur cette partie.
Sur les actions, il recommande une surpondération importante du secteur de l’énergie, notamment des actifs nucléaires mondiaux ; dans les thèmes défense et sécurité (ProSec), surpondérer biotechnologie/pharmaceutique et sous-pondérer les fabricants de puces. Il reste prudent sur les valorisations IA et data centers, et alerte sur la pression potentielle d’émissions de nouvelles actions chez les grandes sociétés tech, pouvant peser sur les cours.
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