Les sanctions de Trump unissent involontairement les BRICS
En cherchant à isoler ses rivaux, Donald Trump pourrait bien obtenir l'effet inverse. Sous la pression de ses sanctions commerciales, les pays du bloc BRICS, longtemps divisés, amorcent un rapprochement stratégique sans précédent. Alors que les tensions montent, la Chine, l’Inde, la Russie et leurs partenaires semblent plus disposés que jamais à coopérer économiquement et diplomatiquement.
En bref
- Donald Trump impose de sévères sanctions commerciales aux pays BRICS, avec des droits de douane records atteignant jusqu'à 145% pour la Chine.
- Ces mesures créent un terrain d'entente entre les membres des BRICS, qui répondent par une stratégie coordonnée visant à réduire leur dépendance au dollar.
- La Chine, l’Inde et la Russie se préparent à organiser un sommet trilatéral inédit depuis six ans, sur fond de tensions croissantes avec les États-Unis.
- Malgré des désaccords persistants, notamment entre l’Inde et la Chine, les BRICS développent une coopération pragmatique dans le commerce et les ressources stratégiques.
Une pression tarifaire qui unit les BRICS
Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a choisi d’affronter les BRICS de front à travers une politique commerciale agressive, marquée par des hausses tarifaires sans précédent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et illustrent une stratégie résolument punitive :
- La Chine a été menacée d’un droit de douane de 145% si aucun compromis n’était trouvé avec Washington ;
- L’Inde est frappée par un droit de douane de 50%, dont la moitié est spécifiquement liée à l’achat de pétrole russe à prix réduit ;
- Le Brésil est également soumis à des droits de douane de 50% sur certaines exportations ;
- L’Afrique du Sud subit une taxe de 30%, malgré son exposition commerciale directe limitée aux États-Unis ;
- L’Égypte, nouveau membre du bloc BRICS, pourrait voir ses taxes augmenter simplement en raison de sa participation au groupe.
Ajay Srivastava, ancien haut fonctionnaire indien du commerce, souligne que ces sanctions ne font qu’alimenter un front commun : « elles leur donnent une incitation commune à réduire leur dépendance aux États-Unis, même si leurs agendas diffèrent ».
Face à cette pression extérieure, les pays de l’alliance BRICS réagissent de manière convergente. Les banques centrales du groupe ont augmenté leurs achats d’or, et les accords commerciaux bilatéraux en monnaies nationales (yuan, roupie, rouble) se multiplient. Cette dynamique, autrefois sporadique, prend désormais la forme d’une stratégie délibérée pour réduire la dépendance au dollar américain.
Une coopération pragmatique malgré les tensions internes
Alors que les tensions commerciales avec les États-Unis s’intensifient, les dirigeants des principaux membres des BRICS se préparent à afficher leur unité lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui se tiendra à Tianjin, en Chine.
Pour la première fois en six ans, un sommet trilatéral entre la Chine, l’Inde et la Russie est prévu. Le Kremlin pousse dans cette direction, espérant « renforcer le noyau de l’alliance BRICS » et apaiser les tensions historiques entre New Delhi et Pékin. Il s’agit d’une tentative délibérée de consolider le noyau dur du groupe face à la pression occidentale.
Cette initiative s’accompagne de signaux de détente bilatérale. Pékin et New Delhi, longtemps en désaccord sur leur frontière de 3 500 kilomètres, ont rouvert les vols directs, facilité l’accès aux visas et engagé des discussions sur l’approvisionnement en terres rares, un secteur dans lequel la Chine détient plus de 85% de la capacité mondiale de traitement.
Lors d’une visite officielle, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a confirmé que la Chine s’engage à augmenter les livraisons à l’Inde, essentielles pour ses industries de défense et sa transition énergétique.
Néanmoins, la méfiance persiste, notamment en raison de la proximité de Pékin avec Islamabad et du projet controversé de barrage chinois sur le plateau tibétain, qui inquiète New Delhi. Cette complexité géopolitique limite la portée d’un véritable rapprochement, d’autant que l’Inde continue de dépendre fortement du marché américain, avec 77,5 milliards de dollars d’exportations vers les États-Unis en 2024, contre des volumes bien moindres vers la Chine ou la Russie.
Cependant, au-delà des tensions, une logique pragmatique semble émerger. Les BRICS ne sont plus une simple plateforme idéologique. Le bloc devient un espace de coopération à géométrie variable, axé sur le commerce, la finance et les chaînes d’approvisionnement. Ainsi, les projets de règlement en monnaies locales, les campagnes « Buy BRICS », et les ambitions de réforme de la gouvernance mondiale (notamment via l’OMC) en témoignent. Si le projet de monnaie unique des BRICS est en suspens, des alternatives au dollar prennent forme.
Avertissement : le contenu de cet article reflète uniquement le point de vue de l'auteur et ne représente en aucun cas la plateforme. Cet article n'est pas destiné à servir de référence pour prendre des décisions d'investissement.
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