Dollar australien : La seconde mi-temps du roi des matières premières
Morning FX
Depuis le début de l’année, le dollar australien mène la danse sur le marché des changes. Il a progressé de 7,5 % face au dollar américain depuis janvier, dont 3,7 % sur le second semestre. Parmi les monnaies mondiales, le dollar australien fait partie des rares à surpasser le yuan cette année.
Pourquoi le dollar australien est-il aussi fort ? Plusieurs raisons principales :
Premièrement, la raison la plus évidente est que les matières premières sont en marché haussier. En raison du « monroïsme » américain, de la fragmentation géopolitique et de la rigidité de l’offre, les matières premières évoluent dans un marché haussier clair. Depuis juillet, l’indice des matières premières Nanhua repart à la hausse, les prix du cuivre, de l’or et du gaz naturel augmentent, et cette tendance semble gagner également les produits agricoles… En tant que grand exportateur de matières premières, l’Australie (et donc le dollar australien) en tire naturellement profit.
Au-delà de son exposition matières premières, le dollar australien se distingue par une inflation très persistante. Par comparaison avec les pays du G7, l’Australie est celle où l’inflation est la plus rigide. D’après les derniers chiffres, l’inflation sous-jacente atteint 3,6 % en Australie, et l’inflation sur le logement est de 5,0 %, deux valeurs qui classent le pays en tête du G7. Le deuxième groupe comprend le Royaume-Uni, les États-Unis et la zone euro ; les autres pays forment le troisième groupe…
Une inflation élevée et persistante implique qu’une baisse des taux est peu probable en Australie. Cela est très important pour une devise à haut rendement (taux directeur du dollar australien à 4,35 %).
Au premier semestre, le dollar australien a bénéficié d’anticipations de fortes hausses de taux, avant de connaître également une phase de consolidation. Actuellement, au sein du G7, les attentes de hausse de taux pour le dollar australien ne sont pas parmi les plus agressives. Comme le montre le graphique ci-dessous, en mesurant « taux obligataire 2 ans - taux directeur », le dollar australien arrive en bas du classement dans le G7, juste devant le franc suisse. À mon avis, le fait que les anticipations ne soient pas trop élevées est positif : cela signifie que l’AUD peut attaquer ou défendre selon le contexte.
Pourquoi cela ? Car les pays où les anticipations de hausse sont les plus fortes risquent plus souvent d’être déçus par la réalité… Wall Street commence d’ailleurs à discuter d’une configuration nouvelle : hausse proche + baisse lointaine des taux. Par exemple, le dernier rapport stratégie taux de Goldman Sachs s’attend à une baisse de 50 points de base des taux américains et européens en 2027, ce qui contraste nettement avec le consensus du marché.
Le dollar australien présente-t-il des risques ? En tant que devise à haut risque, sa volatilité a toujours été significative. Sur le second semestre, il conviendra d’abord de surveiller la volatilité des actions mondiales. Autour des élections de mi-mandat américaines (octobre-novembre), la période pourrait être agitée pour Wall Street ; en cas de victoire des démocrates, des contraintes budgétaires ou une régulation de l’IA pourraient peser sur les actions américaines. Il faudra ensuite suivre les chiffres de l’emploi. Un taux de chômage compris entre 4,5 % et 4,8 % correspond à la zone de confort de la Banque centrale australienne ; au-delà de 4,8 %, l’hypothèse d’une baisse des taux serait relancée…
Résumé de la séance d’aujourd’hui :
1. Le dollar australien reste très solide au second semestre. Il fait partie des rares devises à surpasser le yuan en 2024. D’une part, les matières premières sont en tendance haussière confirmée ; d’autre part, l’inflation australienne est particulièrement persistante.
2. Au premier semestre, le dollar australien était porté par de fortes attentes de hausse des taux, suivies d’une phase de consolidation. Actuellement, au sein du G7, les anticipations ne sont pas les plus élevées. À mon sens, ce positionnement modéré est bénéfique et traduit la souplesse de l’AUD, capable d’attaquer ou de défendre selon le climat.
3. En tant que monnaie risquée, le dollar australien reste très volatil. Pour le second semestre, il faut surveiller la volatilité mondiale des actions (élections de mi-mandat) ainsi que les statistiques de l’emploi en Australie. Bien entendu, dans bien des cas, cette volatilité représente aussi une opportunité d’accumuler.







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